mercredi 3 novembre 2010

La machine à souvenirs

Istikâl Caddesi, la principale rue commerçante d'Istanbul. Nous sommes samedi soir, elle est noire de monde. Main dans la main, comme tous les couples de notre génération, nous nous promenons dans cet espace public rendu aux piétons. Nous venons de quitter une ruelle adjacente où les shots de vodka coulent à flot, où les gens s'embrassent à pleine bouche et crient leur joie de se retrouver ensemble.

Je tombe en arrêt devant une étrange machine, sorte de colonne Morris électronique. Des jeunes gens tapotent leur adresse e-mail, tant bien que mal, sur un écran tactile. Une lettre après l'autre. Le logiciel ne fonctionne pas toujours très bien, il faut appuyer plusieurs fois sur la lettre pour qu'elle apparaisse, mais parfois elle survient en double, en triple, et il faut tout effacer pour à nouveau recommencer. Personne ne se rend compte qu'en bas de l'écran, des raccourcis ont été installés pour les adresses les plus courantes "@hotmail.com", "@gmail.com", "@yahoo.com"

En attendant quelques minutes, nous comprenons qu'il s'agit d'une colonne d'information publique, indiquant les endroits touristiques de la ville, les restaurants et hôtels, les résultats des matchs de foot. Une fonction supplémentaire est ajoutée, offrant la possibilité aux passants de se faire tirer le portrait, et d'envoyer cette photo-souvenir à une adresse e-mail de leur choix.

Cette activité ludique attire le public. Qui n'aimerait pas savoir ce qui se cache derrière les rideaux fermés des Photomatons ? Quelle tête font les gens face à ce dispositif, et surtout, quelles sont les photos ratées ? Ici, la photo enjolivée d'un cadre représentant certains monuments de la ville ne servira pas à sertir une carte d'identité ou un permis de conduire. Mais les participants, une fois le compte à rebours déclenché, tentent tout de même de garder leur calme, de composer une figure à la fois sérieuse et plaisante. Bien entendu, ça ne marche pas à tous les coups. Et à ce moment-là, il faut accepter d'être la risée des passants, qui, ravis, se moquent de la photo.

Monsieur M. et moi avons joué le jeu. Au bout du troisième essai, et après quelques fous rires, nous avons enfin réussi à nous trouver des têtes potables. Nous attendons toujours notre photo, perdue à l'heure actuelle dans les limbes des serveurs turcs.

Mes pensées vont vers les victimes de l'attentat de Taksim, survenu le dimanche suivant notre départ.
Cette place, à l'une des extrémités de la rue Istikâl, est fréquentée par tous les stambouliotes, ceux-là même qui emplissent les rues de vie et de chaleur.

1 commentaire:

Epamin' a dit…

Sympathique, ta carte postale d'Istanbul!

J'ai, comme toi, été choquée par l'annonce de cet attentat à Istanbul, ayant visité cette ville historique il y a quelques années...
Bises d'Ep'