lundi 1 septembre 2014

« Life is huge, live Tiny ! » : le mouvement Tiny Houses

 « Even though we could afford it, we were not interested in spending our lives working to pay the mortgage until the end of time. (...) Our love of being in nature, climbing rocks and riding bikes inspired us to move away from the city. »
Ophelia Kwong et Julien Lafaille, auto-constructeurs et habitants du bus Teeny Tiny Living : http://teenytinyliving.blogspot.fr/ découverts dans l'ouvrage Tiny Homes on the Move, par Lloyd Kahn, Shelter Publications, 2014

Voici à peine un mois que nous avons formé le projet d'habiter autrement et déjà s'entrouvrent des solutions concrètes. Je n'aurais jamais imaginé que le canevas de cette histoire puisse s’édifier aussi vite, avec des pistes concordant parfaitement avec notre philosophie de vie. Ce cheminement rapide est dû à une attention particulière, plus aiguë que d'habitude sur tout ce qui concerne l'habitat alternatif, la vie au grand air, les pratiques communautaires. Il est aussi le fruit d'un réseau d'amitiés : les personnes qui me sont restées proches au fil des années, quel que soit le lieu d'origine de notre rencontre, poursuivent également ces utopies pragmatiques de l' « au-dehors ».

Les réseaux sociaux complètent à merveille cet entrelacement de connaissances : ainsi l'amie Manue sur Facebook, qui partage un jour la photo d'une petite maison tractée par un vélo, photo qui me conduit sur une page consacrée mouvement américain des Tiny Houses. Promouvant le petit habitat se lovant aussi bien dans la nature que dans l'environnement urbain, célébrant la simplicité matérielle (obligatoire dans un si petit espace) et la liberté (ou tout du moins la liberté de se dégager rapidement de ses dettes), le phénomène, relié à la longue histoire du nomadisme et de la vie en cabane, a été initié à la fin des années 1990 par le designer Jay Shafer et se développe depuis 2005 (après l'ouragan Katrina) en se renforçant depuis la crise des subprimes de 2008.

L'une des originalités du travail de Jay Shafer est de concevoir des minuscules maisons roulantes (Tiny Houses on Wheels), en bois, uniquement bâties avec des matériaux écologiques et intégrant tout le confort d'une « vraie maison ». 
Petit tour du propriétaire avec son constructeur :


Bien, bien, bien, me direz-vous, mais quelle est la différence avec...
  • ...une cabane ? Les roues, Mesdames et Messieurs, les roues. Cette petite maison est bâtie sur un châssis de remorque routière, ce qui permet de la déplacer : utile d'un point de vue légal (en France, sauf autorisation particulière, un habitat mobile ne peut rester plus de 3 mois sur un même lieu s'il n'est lui-même relié à une résidence principale ; toutefois une maison sur roue ne nécessite pas l'obtention d'un permis de construire) et d'un point de vue pratique (si je déménage, j'emporte ma maison !)
  • ...une caravane ? Légalement, la Tiny House est une grosse caravane. Sauf qu'elle est fabriquée en bois et qu'elle peut être entièrement autonome en énergie comme en filtration des eaux usées domestiques (ce qu'on appelle « les eaux grises », issues de la vaisselle ou de la douche ; il n'existe pas « d'eaux noires » puisque les toilettes sont des toilettes sèches !)
  • ...un camping-car ? Comme la caravane, la Tiny House est indépendante du véhicule qui la tracte. Le camping-car, pour son côté « tout-en-un », son organisation intérieure ultra-pratique et la possibilité offerte d'y vivre en famille, était la solution que nous visions jusqu'ici. Sauf que très honnêtement, c'est moche et ça pollue : nous allions vivre dans un monde de plastique et de pétrole (et de toilettes chimiques), avec une esthétique proche des catalogues de cuisines équipées. La Tiny House nous ouvre de plus belles perspectives ! Notre projet ne comporte pas non plus d'itinérance : nous souhaitons tout simplement poser notre abri en Ile-de-France (lieu de notre travail) et pourquoi pas déménager un jour dans de plus vertes contrées (si le travail suit) (et du coup, notre maison suivra).
  • ...un mobil'home ? Idem que pour la caravane ou le camping-car : le parti-pris esthétique et écologique est radicalement différent. De plus, s'il faut un tank pour tracter un mobil'home, une simple camionnette (et un permis BE) suffisent à déplacer une Tiny House.
  • ...un camion aménagé « fait maison » ? J'ai participé il y a quelques années à l'aménagement d'un camion Mercedes pour le transformer en camping-car : c'est une sacrée besogne. Le résultat est le fruit du savoir-faire et de l'amour des auto-constructeurs mais il s'arrête également à leurs compétences techniques. Avec une petite famille en cours de fabrication, nous ne nous sentons pas les épaules d'un tel travail et nous ne pouvons pas non plus nous permettre de faire vivre nos minots dans une maison de guingois.
  • ...une roulotte ? Le châssis de la Tiny House est celui d'une remorque, ce qui permet de la transporter par exemple sur l'autoroute. Le volume intérieur est également plus grand qu'une roulotte, notamment la hauteur sous plafond (ce qui compte beaucoup quand on a cheum mesurant 1,92 mètre).
Notre grande chance dans ce projet qui s'amorce est qu'il existe depuis 2013 une petite entreprise de construction de Tiny House en France : tout simplement nommée La Tiny House, située vers le Mont-Saint-Michel, elle est portée par deux passionnés, l'un charpentier, l'autre boulanger et auto-constructeur confirmé (je vous rassure, les murs ne sont pas en pâte à pain). 

Dans l'esprit originel de la Tiny House, c'est en effet l'auto-construction qui prime : on dessine les plans, on aménage son camion, on construit sa cabane, on se sort les doigts de la boîte-à-outils et on bâtit tout (ou presque) soi-même. Si certaines parties sont forcément confiées à des professionnels, il existe également des stages d'auto-construction à travers toute la France. Mais, comme expliqué plus haut, cela n'est pas compatible avec l'énergie dont nous disposons actuellement, avec une enfant de 2 ans et un petit à naître. Il nous fallait donc une solution « prête à rouler ».

Nous pensions au départ la Tiny House hors de portée, car n'intégrant que deux couchages. Il nous était impensable de faire dormir nos petits dans une autre structure que celle où nous-mêmes dormirions. Après une étude approfondie du site Internet des bâtisseurs, nous nous sommes cependant aperçus qu'il existait une Tiny House 4 couchages (et même 5 à 6, avis aux familles nombreuses !) Révélation et projections : nous ne nous voyons plus que dans cet espace (surface totale : 19 mètres carrés, dont une mezzanine de 5,30 mètres carrés).

Côtés prix, pour une Tiny House « à finir » (c'est-à-dire uniquement sur châssis, étanche à l'air et à l'eau, sans habillage ni aménagement), il faut compter 18 000 euros. Pour une Tiny House entièrement équipée et 100 % autonome telle que nous la souhaiterions (filtres à eaux grises, panneau solaire photovoltaique, petite éolienne, batterie de stockage de l'électricité, filtre eau pure), il convient de rassembler environ 35 000 euros. Soit le prix d'un camping-car 5 places d'occasion... et bien moins que le prix d'une maison (donc un crédit à rembourser beaucoup moins long).
Reste la question du terrain à occuper, à louer, à acheter, à partager... nous étudions actuellement plusieurs solutions (y compris l'épineux plan légal) et nous nous rendons compte combien « habiter » ne peut se départir de la question du « vivre ensemble ». Comme le soulignent Bruno Thiery et Michaël Desloges, les bâtisseurs français de la Tiny House, « une Tiny House peut tout à fait être autonome en électricité, eau et gaz, et donc être installée au fond d'un bois. Toutefois l'idée qui accompagne cette minuscule maison est également de retisser du lien social. Vivre dans une Tiny House peut être l'occasion de rencontres, de créer des liens de voisinage... »
Ce sera l'occasion d'un prochain billet !

Ceci est le quatrième billet sur notre projet d'habitat familial alternatif.
Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve