lundi 6 avril 2015

Recyclage, surcyclage et récup' : comment meubler une maison ?

William McDonough et Michael Braungart,
Cradle to cradle, Créer et recycler à l'infini,
Editions Alternatives, 2002

La maison n'est pas encore construite que nous songeons déjà à la meubler. Dans le projet initial, une Tiny House, il fallait penser à se délester, à désencombrer, à vivre avec l'essentiel. Avec cette nouvelle configuration, plus classique, nous tenterons de rester dans la même perspective. Exit l'accumulation d'objets tous plus inutiles les uns que les autres, les doublons, les "on garde, on ne sait jamais, ça pourrait servir". Et pour cela, point n'est besoin d'attendre la pose du premier pan de mur : on commence aujourd'hui. On trie, on donne, on revend, on fait entrer les objets dans le cycle d'une nouvelle vie... Et comme la nature a horreur du vide, on essaie de remettre du sens dans ceux qui franchiront le pas de notre porte.

Recyclage, récupération, surcyclage, de la palette à la tablette bien chouette 

Le livre fondateur de l'économie circulaire, Cradle to Cradle, (du berceau au berceau, par opposition à l'expression "du berceau à la tombe") propose non pas de mesurer l'impact environnemental d'un produit de sa fabrication à son élimination (du berceau à la tombe, donc) mais de repenser cette production dans un cycle fermé où le produit en fin de vie devient lui-même ressource pour une réutilisation. 
  • Dans le recyclage, les matériaux d'un objet sont récupérés pour être "sous-cyclés", transformés en matière première. C'est le cas par exemple des emballages en cartons ou des journaux, qui redeviendront du papier. (Objet > Matériau)
  • Dans la récupération, ou réutilisation, un objet connaît une deuxième vie tel qu'en lui même. C'est le cas des habits de bébés passés de main en main, que plusieurs petits porteront.
    (Objet = Objet)
  • Dans le "sur-cyclage", l'objet est amélioré, transformé en produits de qualité ou d'utilité supérieure. (Objet < Objet)
Un exemple de ce "sur-cyclage" que nous suivons de près est la réutilisation de palettes. En les choisissant avec soin en fonction de leur marquage, il est possible de les transformer, que dis-je, de les magnifier !
On passe donc de ce type d'objet :

à ces siouperbes meubles de jardin :
Mobilier de jardin en bois de palettes,
http://www.1001pallets.com/2014/05/complete-pallet-garden-set/
Tadaaam ! Up-cycling !

Bon, pour arriver à ce résultat, il va falloir se sortir les doigts de la scie-sabre. Et se documenter sur les plateformes de joyeux bricoleurs engagés dans cet univers de la production collaborative. En vrac et en planchettes, voici quelques pistes :
  • Chez 1001 Pallets, tu refais ton mobilier du sol au plafond avec des palettes. Et sur cette page, tu peux proposer ton œuvre. Plus de 267 000 fans sur Facebook, ça en fait du monde qui rêve de débiter du p'tit bois !
  • Francophone, plus pépère, plus brico-casto, tu as Esprit Cabane qui propose plans et idées pour fabriquer ses meubles. Immanquablement, tu tomberas sur quelques palettes. 
  • Chez Woodself, on parle aussi français, et tu peux trouver quelques plans super sympas pour faire une table de pique-nique, un bac à compost, une armoire, un abri en bois...
  • L'association Entropie, à Grenoble, propose des notices de fabrication et organise des ateliers pour réveiller le bricoleur et le transformateur du quotidien qui sommeille en toi. J'y retrouve une ancienne connaissance de ma vie Lyonnaise, artiste plasticienne qui réveillait les rues et les consciences, et cela ne m'étonne pas ! :)
  •  Alors là ça ne rigole pas, chez Opendesk c'est le monde du design "open source" au service de l'open-space et des bureaux. Des tables et des chaises à fabriquer toi-même qui te passeront pour toujours l'envie d'aller chez Ikéa.
  • Tiens, à propos du Suédois, si tu ne sais pas quoi faire pour embellir tes Kallax (Ex-Expedit), Billy et autres Besta, tu trouveras un millier d'idées plus farfelues les unes que les autres chez Ikéa Hackers, le site collaboratif anglophone pour la transformation des meubles du magasin jaune et bleu aux saucisses pourries. 
  • En français, le même principe chez Ikéa Bidouilles. Là aussi tu peux proposer tes réalisations à la grande cause de la connaissance collective. (Attention, les taches de régurgitos du petit dernier ne comptent pas comme up-cycling !)
Un monde s'ouvre à nous, et comme on ne se refait pas, ça me fait réfléchir. Liste non exhaustive de quelques recherches à suivre : 
  • Sur la culture de la réparation, du recyclage, de la réaffectation, voir Felipe Fonseca et sa pensée de la "culture maker", issue d'années de pratique au sein du réseau MetaReciclagem au Brésil ans le début des années 2000. Ce bidouilleur d'ordinateurs mis au rebut nous livre sa vision désenchantée de la "récupération" du mouvement (c'est un comble, pour un mouvement de recyclage !) par l'industrie traditionnelle. 
"Les produits industriels qui souffrent d’obsolescence programmée pouvaient être réparés, puisque des armées d’amateurs allaient utiliser l’Internet pour partager des modèles numériques de pièces de rechange. De nouveaux types de sens et d’engagement influencés par ces approches de l’expression culturelle et matérielle allaient se développer. Les possibilités découlant des mouvements du logiciel libre et des hackers allaient changer in fine l’ordre des choses."
"Et pourtant… nous nous sommes retrouvés dans un monde de geeks débutants montant des kits préfabriqués d’imprimantes 3D, avec lesquelles de futurs designers tendance (souvent eux-mêmes nouveaux geeks) peuvent faire fondre beaucoup de plastique – pratiquement non recyclable – pour fabriquer des prototypes de nouveaux produits, espérant ainsi devenir riches et célèbres. La plupart de ces prototypes ne serviront à rien, mais leurs créateurs vont tout de même spammer Facebook, Twitter et Instagram pour essayer de nous convaincre qu’ils construisent notre avenir (meilleur, d’une manière que personne ne peut préciser). Qui sait, ils seront peut-être invités à faire un « TED Talk » ou recueillir des fonds sur Kickstarter. Ou au moins devenir consultants pour une ONG internationale disposée à développer des « technologies pour l’éducation ».
Et voilà comment on oublie les hackers qui se font des ampoules aux mains en s’efforçant de devenir menuisiers"
"La culture de la réparation, en ce sens, n’est pas un simple effet secondaire du développement des sociétés industrielles. Au contraire, c’est l’une des rares niches distribuées et cohérentes de résistance à la transformation de toute créativité humaine en produit quantifiable."
> Moi ça me donne des frissons partout ce genre de texte !
  • A suivre également les travaux en cours de Jean-Samuel Beuscart, également un ancien collègue chez Orange Labs, qui mène une enquête sur "les usages de la consommation collaborative, définie comme l’échange de biens et services entre pairs, intermédié par une nouvelle génération de plateformes en ligne (blablacar, vide-dressing, corecyclage, drivy)." Même si la recherche de Jean-Samuel n'est pas spécifiquement centrée sur le recyclage, elle le comprend dans les usages étudiés.

Et alors pour la maison, on en est où ?

Après quelques péripéties liées à la caution du prêt (les organismes de cautionnement n'aiment pas les gens qui ne sont pas en CDI), nous avons obtenu une offre de prêt spécifique à l'éco-construction par le Crédit Coopératif. Nous sommes très contents de cette offre car cette banque coopérative et solidaire correspond à nos valeurs. Le permis de construire est déposé auprès de la commune où se situe notre futur terrain, il doit obtenir l'avis des architectes des bâtiments de France, on croise les doigts !

Ceci est le neuvième billet sur notre projet d'habitat familial écologique. Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- Le mouvement Tiny Houses 
- Changement de programme (sur un même chemin)


dimanche 29 mars 2015

Matériaux de construction : le vrai / faux du bois


Yvan Saint-Jours, Ecohabiter : des maisons écologiques, Editions La Plage, 2009
Un habitat sain, c'est comme une troisième peau. Les matériaux de construction assurent une protection face aux éléments (le clos et le couvert) mais déterminent également la qualité de fonctionnement d'un bâtiment, son efficacité énergétique, tout en permettant des échanges hygrothermiques entre l'intérieur et l'extérieur : une maison respire ! Les critères de choix des matériaux écologiques se sont complexifiés, au gré des labels, étiquetages et promesses de traçabilité. Dans notre projet, nous avons fait attention au cycle de vie des matériaux proposés par les constructeurs mais dès le départ notre choix s'est orienté vers le bois. Sa robustesse et sa beauté, ses qualités d'isolation, sa modularité et notre sensorialité, tout nous y conduisait.

Matière première végétale, le bois arrive en tête des constructions écologiques en combinant les qualités de légèreté, de solidité et d'élasticité. Avec une gestion rigoureuse des forêts, le bois est une ressource renouvelable constante de matériaux recyclables et biodégradables, s'il n'est pas chimiquement traité. Et certaines essences que l'on trouve en France ne nécessitent aucun traitement, résistant naturellement aux alternances d'humidité et de sécheresse, et aux bestioles ! 

Le bois écolo, vrai ou faux ?

Pourtant, tel Idéfix pleurant chaque arbre abattu, l'utilisation du bois dans la construction peut soulever une série de questions. En voici quelques unes !

"Opter pour une maison en bois contribue à la destruction des forêts."

> Faux : Une forêt exploitée durablement est une forêt qui vit et qui joue mieux son rôle de piège à CO2. Si elle est surexploitée, elle meurt et les sols s’appauvrissent. Si elle ne l'est pas du tout, le bois se dégrade naturellement sous l'effet de micro organismes ou d'incendies. Le bilan est alors moins favorable... Seule une forêt régulièrement régénérée par les coupes et les plantations jouera bien son rôle de régulation. Les bois européens certifiés PEFC sont issus de forêts exploitées durablement, préservant leur rôle de réserve de biodiversité et de régulateur du climat. Les forestiers veillent par exemple à la diversité des essences afin de ne pas acidifier les sols. Cette certification garantit aussi le respect de ceux qui protègent la forêt et y travaillent !

"Une construction bois brûle plus vite que les autres." 

> Faux : Aussi bizarre que cela puisse paraître, le bois est un matériau résistant à la chaleur et ne la transmet que lentement aux autres parties du bâtiment. Il offre une bonne résistance au feu : la couche de charbon qui se forme à la surface des pièces en bois agit comme une protection qui permet aux structures de conserver plus longtemps leur résistance mécanique.

"Le bois est un bon isolant thermique et acoustique."

> Vrai : Au niveau acoustique, le bois est un excellent isolant du fait de sa structure anatomique ligneuse et de sa rigidité. Plus l'essence choisie est dense, meilleure sera l'isolation. Au niveau thermique, le bois possède une faible inertie qui favorise la régulation du changement de température. Si on y ajoute des isolants très performants comme la ouate de cellulose ou le bois compressé en panneaux, les capacités d’isolation thermique permettent de grandes économies de chauffage.

"Le bois c'est quand même moyennement renouvelable, vu le temps que met un arbre à pousser."

> Faux : En Europe, les forêts se développent de plus de 500 000 hectares chaque année et 64 % de cet accroissement est exploité. Chaque seconde, le volume des forêts européennes augmente de l'équivalent d'une petite maison en bois !

Bardage en Douglas neuf

"Entretenir un bardage (revêtement extérieur de la maison) en bois est simple"

> Vrai : Si le bardage est en bois brut, non lasuré, non peint, l'entretien est plus que simple, il n'y a rien à faire du tout ! Etant de classe d'emploi 3 ou 4, les bois mis en œuvre dans ce cas ne perdent rien de leurs propriétés mécaniques au fil des ans. Seule la teinte changera : un bardage en douglas fraîchement posé sera doré-saumoné et grisera naturellement avec le temps. 

Bardage en Douglas au bout de quelques années


Du bois partout !

Notre utilisation du bois dans ce projet d'habitat familial écologique ne s'arrêtera pas à la construction.  

Pour nous chauffer, nous emploierons nos p'tits bras à charrier des granulés de bois compressés dans un poêle à pellet. A noter : les bois prélevés pour l'énergie sont des bois qui ne trouvent pas de débouchés lors de l'exploitation classique de la forêt. Le "bois énergie" peut donc également favoriser une meilleure gestion de la forêt en apportant un débouché à des bois sans valeur marchande et en rentabilisant des travaux forestiers non effectués faute d'intérêt économique. 

Pour les toilettes, le choix des TLB (toilettes à litière bio-maîtrisée, ou toilettes sèches) nous conduit aussi vers le bois, avec l'utilisation de la sciure et des copeaux de bois à la place de l'eau : la sciure neutralise les odeurs et les copeaux de bois permettent au compost une bonne aération. Là encore, sciure et copeaux sont des sous-produits du travail du bois. 

Il n'y aura que l'aspect intérieur de la maison, avec ses finitions en plaques de plâtre et son carrelage, qui ne reprendra pas le matériau bois. C'est en effet une maison à ossature bois et bardage bois, pas un chalet savoyard ! C'est également une maison de primo-accédant, économique grâce à un procédé de construction spécifique, aux personnalisations possibles mais chiffrées : nous ne nous lançons pas dans l'intérieur bois, trop onéreux. Qu'à cela ne tienne, nous nous engouffrons à la place dans l'auto-construction de meubles en bois et le hacking (détournement) de notre mobilier Ikéa en le re-boisant !

Et alors, on en est où ?

Nous avons reçu l'étude de sol en vue de l'assainissement par phytoépuration et le permis de construire sera déposé d'ici deux semaines. On attend encore la réponse officielle de la banque pour le crédit immobilier mais tout est transmis (à l'exception du contrat de Nico, que la RH tarde à envoyer...) Et on passe plein de temps sur des sites de meubles "open source" pour se les fabriquer ou les détourner !

Ceci est le huitième billet sur notre projet d'habitat familial écologique. Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- Le mouvement Tiny Houses 
- Changement de programme (sur un même chemin)

mercredi 11 mars 2015

Créer l'espace : la conception bioclimatique

Samuel Courgey, Jean-Pierre Oliva,
La conception bioclimatique, Editions Terre Vivante, 2009
Le choix du terrain et la conception de la maison vont souvent de pair dans une perspective écologique. En effet, une bonne conception architecturale prend en compte l'environnement et se sert de ses forces et faiblesses pour optimiser la construction. Un architecte bioclimatique, en définissant l'orientation, les formes, les volumes et la répartition des pièces, saura créer un lieu de vie sain, économe et en harmonie avec l'environnement. Avec, comme toujours, quelques compromis en fonction des projets !

L'architecture bioclimatique, qu'est-ce que c'est ?

"L'appellation bioclimatique désigne un concept architectural qui tire le meilleur parti des conditions d'un site et de son environnement afin d’assurer un meilleur confort et de parvenir à une réduction significative de la consommation énergétique. Cela consiste souvent à revenir à des principes simples, mais chargés de bons sens, largement délaissés depuis plusieurs décennies en construction." (source : http://mamaisonbioclimatique.blogspot.fr/ )

Les principes de conception bioclimatique s'appuient sur trois axes principaux : la position et l'orientation sur le site ; le plan et les volumes adéquats ; la performance énergétique et environnementale des matériaux.
En réunissant ces principes de bon sens, il est possible de tendre vers un habitat harmonieux et passif, c'est-à-dire que la chaleur dégagée par l’intérieur de la maison (êtres vivants, appareils électriques) et celle apportée par l’extérieur (ensoleillement) suffit quasiment à chauffer l’habitation. 

L'implantation et l'orientation : jeu de cache-cache avec le soleil



Qui dit architecture bioclimatique dit prise en compte du soleil. Sa position, son angle et sa course, les masques solaires (végétation, relief) influent sur son rayonnement : un bâtiment bioclimatique sera protégé des rayonnements trop importants tout en profitant de cette énergie gratuite lorsqu'elle s'avère nécessaire.

Ainsi, l'implantation de la maison a une importance capitale pour pouvoir gérer les apports solaires : la façade principale sera idéalement orientée au sud et pourvue de larges baies vitrées (en double vitrage), afin de capter les rayons du soleil en hiver, de stocker leur énergie dans la masse du bâtiment et de la conserver par l'isolation thermique. Au nord, il faudra au contraire se protéger des vents souvent froids et de l'absence de soleil en réduisant au maximum les ouvertures et en limitant ainsi les déperditions thermiques. En outre, de grands arbres persistants pourront atténuer la force des vents d'hiver et éviter qu'ils ne viennent frapper la maison. 
C'est pour cette raison que sur notre terrain nu, nous travaillerons avec une éco-paysagiste afin de déterminer les essences à planter et les aménagements qui pourront être mis en œuvre dans cette perspective.
A l'est et à l'ouest, il est très difficile de se protéger d'un soleil très bas sur l'horizon. La plupart des masques solaires sont inefficaces et il faut employer les grands moyens (fermer les volets, prévoir une grande haie, etc.) De petites ouvertures sont alors recommandées.

La conception et les volumes 

Afin de limiter les déperditions thermiques (chaleur en hiver et fraicheur en été), il convient de limiter les surfaces d’échange entre l’intérieur et l’extérieur. La forme de la construction doit donc être la plus compacte possible : la forme idéale d'un point de vue énergétique est la sphère, car elle enferme le plus grand volume à chauffer dans la plus petite surface en contact avec l'extérieur. A défaut, la forme cubique reste la plus performante.
En plus d’y limiter les ouvertures vers l’extérieur côté nord, il est également conseiller de prévoir des espaces tampons dans la partie nord de l’habitation (locaux techniques, garage, hall, cellier…) afin de ne quasiment pas avoir à chauffer ces pièces.
Les pièces de jour (coin repas, cuisine, séjour) profiteront de la lumière et du soleil si elles se trouvent entre le sud-est et le sud-ouest.

La construction et les matériaux

Coupe et matériaux d'isolation de notre future maison
L'efficacité des étapes précédentes est confirmée si la construction elle-même (les parois opaques et transparentes de la maison) est conçue avec des matériaux répondant aux exigences du bioclimatisme.

Les performances hygrothermiques des murs se mesurent grâce aux paramètres suivants :
  • conductivité thermique (propriété des matériaux à transmettre la chaleur par conduction) ;
  • capacité thermique, ou inertie (aptitude des matériaux à stocker de la chaleur) ;
  • effusivité thermique (rapidité des matériaux à se réchauffer) ;
  • diffusivité thermique (capacité des matériaux à transmettre une variation de température) ;
  • perméabilité à la vapeur d'eau (qui offre un échange naturel de vapeur d'eau entre l'intérieur et l'extérieur du bâtiment) ;
  • pourcentage de reprise d'humidité (quantité d'humidité que les matériaux peuvent reprendre sans perdre leur qualité).
Les performances des fenêtres et baies vitrées sont évaluées avec : 
  • le facteur solaire (proportion du flux énergétique traversant le vitrage : plus il est élevé, plus le vitrage laisse passer l'énergie solaire) ;
  • le coefficient de transmission thermique (capacité d'un vitrage à isoler) ;
  • la transmission lumineuse (pourcentage de lumière visible transmise).
Enfin, l'enveloppe d'une construction bioclimatique est construite sans pont thermique et sans défaut d'étanchéité à l'air.

Notre maison à ossature bois répondra à ces exigences, avec des murs fabriqués selon un procédé innovant (sur lequel nous reviendrons dans un prochain billet !) Ils se composent d’un parement extérieur bois, d’une lame d’air extérieure, d’une isolation fibre de bois hydrofuge exerçant la fonction de pare pluie, d’isolant ouate de cellulose insufflé l’ossature, d’un contreventement en OSB3 exempt de formaldéhyde. Concernant les parois transparentes, toutes les fenêtres et portes-fenêtres seront en double vitrage.
L'isolation thermique horizontale (sol et plafond), sera constituée, sur la dalle, d'une projection de 8 cm de mousse polyuréthane (voilà, ce sera le seul matériau non-écolo de la maison !) et dans les combles perdues, d'un épandage de 40 centimètres d’épaisseur de ouate de cellulose.

Le fait que nous n'utilisions pas les combles accroît dans ce cas les performances énergétiques de la maison : moins à chauffer, moins de déperdition par le toit, on reste dans notre idée initiale d'un "petit" espace avec le plain-pied.

Les technologies additives : murs capteurs, puits canadiens...

Un certain nombre d'innovations peut être mis en œuvre dans une maison bioclimatique : des murs capteurs-accumulateurs de chaleur ; un puits canadien permettant de tempérer l'air de ventilation et ainsi de le préchauffer en hiver et de le rafraîchir en été ; une façade à double peau avec une partie entièrement vitrée et une partie opaque... Autant de technologies qui trouvent leur place dans de très grandes maisons ou des bâtiments collectifs mais dont nous n'auront pas la nécessité dans notre maison de 85 mètres carrés.

Et alors, on en est-où ?

Nous avons signé un contrat de construction de maison individuelle (CCMI) avec une société coopérative d'artisans du Loiret (département voisin de l'Essonne où nous allons vivre) : Maisons Bois BAC, "Les artisans de l'éco-logis" (c'est bien dit ! ^^) Comme je le disais dans un précédent billet, à garanties équivalentes, un constructeur local a reçu notre préférence par rapport à un concurrent national, tout simplement pour favoriser l'économie artisanale locale. Nous les avons en choisi pour leur fonctionnement en coopérative (les artisans sont impliqués dans le processus de construction selon une organisation horizontale, et non comme des sous-traitants), et bien évidemment, pour leurs procédés et matériaux écologiques.
http://www.maisonsbois-bac.com/#1

Les plans de notre future maison sont dessinés, la notice descriptive rédigée, l'étude de sol en vue de l'assainissement par phytoépuration est quasiment achevée.

Le plan approximatif de notre future maison (le plan achevé existe, bien entendu :))

Avec les dernières mises à jour, la maison aura les caractéristiques suivantes :
  • 85 mètres carrés, plain pied, 2 chambres ;
  • Ossature bois et bardage bois ;
  • Bioclimatique ;
  • Pré-chauffage de l'eau par thermodynamisme (VMC simple flux) ;
  • Poêle à granulés de bois ;
  • Création d'une cage de Faraday (pour réduire le rayonnement électromagnétique du circuit électrique, le bois étant plus conducteur) ;
  • Cuve de récupération d'eau de pluie pour utilisation extérieure ;
  • Toilettes sèches ;
  • Assainissement des eaux grises par phytoépuration.
Le permis de construire sera bientôt déposé et nous sommes en bonne voie pour obtenir un crédit immobilier spécifique à l'éco-construction via le Crédit coopératif. Tout reste donc à faire !

Ceci est le septième billet sur notre projet d'habitat familial écologique. Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- Le mouvement Tiny Houses 

vendredi 6 février 2015

Un lieu où vivre : le terrain

Nicolas Canzian et Irène Barja
Habitat naturel et écologique, une maison pour la vie
Anagramme Editions, 2007
Merci à ma maman qui nous a offert ce livre :)
"Même s'il est toujours possible d'améliorer un lieu peu favorable à l'habitat, il est préférable de bien choisir son lieu de vie." Les auteurs de l'ouvrage Habitat naturel et écologique, ingénieur et naturopathe pour l'un, journaliste spécialisée dans l'environnement pour l'autre, nous ouvrent les portes de l'éco-construction en privilégiant pour chaque chapitre la découverte d'un univers professionnel.
Pour le choix d'un terrain, une belle part est faite à la géobiologie, art de l'analyse des influences de l'environnement (notamment les courants d'eau souterrains, failles géologiques, ondes liées champs magnétiques et électriques) sur le vivant. Considéré comme une pseudo-science, cet univers peut sembler totalement scabreux mais moi qui suis originaire du Limousin, terre païenne et magique, où l'on prend très au sérieux les sourciers et où même les médecins généralistes préfèrent t'envoyer chez le guérisseur du village que chez le dermatologue, j'y suis complètement perméable. 
Pour choisir notre futur lieu de vie, nous avons donc mêlé réflexion rationnelle et ressenti pas du tout scientifique. Voici quelques unes de ces considérations et quelques photos de notre futur terrain !

Les critères rationnels de choix d'un lieu de vie

A l'heure où le coût du foncier et de l'immobilier confine au délire (en face de notre actuel chez nous, une "résidence d'exception" sera bientôt en construction, pour des appartements de deux à quatre pièces : dix mille euros le mètre carré !) et où les espaces habitables sont de plus en plus denses, se loger exactement à l'endroit souhaité est de plus en plus complexe. Dans l'idéal, notre famille habiterait le 13è arrondissement parisien, si et seulement s'il y avait dix fois plus d'espaces verts, et si le prix du logement était acceptable. Ou bien dans la Creuse, mais avec tous les réseaux de transport et de communication nous permettant de travailler facilement, et de n'être pas trop éloignés de nos proches. On a beau tourner la question dans tous les sens, un cercle ne sera jamais carré.

Que ce soit sur le plan économique (marché immobilier), social (proximité du travail, des écoles, des amis, de la famille, des commerces) ou technique (réseaux routiers ou ferrés, électriques, téléphoniques, approvisionnement en eau...), nous avons dû réaliser un compromis, avec en première ligne notre désir de vivre davantage dehors, entourés d'espace et d'espaces verts.

Ce sera donc le sud de l'Essonne (encore plus au sud qu'initialement prévu, à quelques centaines de mètres du Loiret), "Ile-de-France" du point de vue des réseaux de transports en commun, cambrousse foisonnante en réalité.
Concernant la construction, le compromis réalisé est le suivant : dépenser davantage sur la conception, les matériaux, la mise en oeuvre, et diminuer la superficie de la maison.
Une autre voie que nous explorerons plus tard, dans quelques années, quand les enfants seront plus grands : mutualiser les coûts, proposer un projet collectif sur un terrain à bâtir ou une rénovation.

Champs de cresson : c'est ce qu'il y aura au pied de notre terrain.
Comme à l'époque de cette carte postale (1920), le cresson est aujourd'hui encore ramassé à la main.

La géobiologie et l'étude d'un lieu : comment s'en inspirer ?

Nous n'avons pas fait appel à un géobiologue pour nous aider dans notre choix. Par contre, nous nous sommes inspirés de ce qui nous semblait correspondre à la fois au bon sens et à notre ressenti. Dans un deuxième temps, si le bouche à oreille fonctionne bien dans la région, nous ferons sans doute appel à un géobiologue-sourcier pour creuser un puits (comme on fait en Limousin, en somme).
L'étude d'un lieu par un géobiologue consiste en une analyse détaillée des aspects d'un lieu, favorables, neutres ou défavorables pour la vie. On pourrait comparer cet art à ce qu'est le Feng Shui pour la culture taoïste (qui ne se limite pas, comme le consumérisme actuel tendrait à le faire croire, à quelques recettes d'aménagement intérieur) : dans notre référentiel culturel, la géobiologie est l'art encore partiellement inexpliqué de l'analyse d'un site. Les géobiologues se réfèrent d'ailleurs au traité d'Hippocrate, Des airs, des eaux, des lieux, pour dater une première origine écrite de leur savoir-faire, transmis oralement et désormais appris au sein de fédérations professionnelles. 
Petit à petit, au fur et à mesure que la science des sols, du climat et de la physique se construit, des pans de savoir mis en oeuvre par la géobiologie se confirment. Il est désormais irréfutable que la qualité de l'eau, l'orientation par rapport au soleil, l'état des sols, les ondes électro-magnétiques (quoique le sujet soit encore controversé, inscrit uniquement en principe de précaution) constituent des préalables indispensables à la qualité de vie et à la santé. Restent des ramifications que la science ne peut prouver, et que nous pouvons seulement entendre en nous (ou pas, selon notre degré de cartésianisme :) )

Situation, orientation, toponymie

Une situation en creux de vallée, les pieds dans l'eau, ou au sommet d'une colline, ne donne pas la même impression ni le même climat. Il s'agit là d'aspects très personnels du choix d'un lieu, sans règle absolue. La brume, la lumière, le vent, la vision dégagée ou pas changent l'ambiance d'un espace mais ce qui perturbera certaines personnes en stimulera d'autres. 
En termes d'orientation, un terrain orienté au sud favorisera une construction profitant pleinement des apports solaires, et une protection face aux vents dominants sera intéressante pour la performance énergétique du bâtiment. 
Les toponymes anciens permettent également de souligner des situations géographiques (exposition, relief, végétation, présence d'eau...), si l'on sait repérer les faux amis de l'étymologie et des légendes attachées à un lieu.

Après plusieurs visites de terrains aux situations très variées, nous nous sommes arrêtés sur un hameau en légères collines (1 mètre de dénivelé sur notre terrain, juste ce qu'il faut pour la phytoépuration!), à la vue bien dégagée, exposé au sud face à la route de campagne et au nord vers les cressonnières, non loin d'une rivière (mais suffisamment loin quand même).

La flèche, c'est notre futur chez-nous (enfin, on croise les doigts)

Environnement naturel

Les arbres et la végétation (ou leur absence) peuvent donner des indications sur le lieu et sa qualité. Existe-t-il des différences de densité sans que rien ne le justifie ? Quels sont les éléments naturels dominants ? Là encore, les sensibilités de chacun peuvent s'exprimer. Nous avons visité plusieurs terrains au bord d'une rivière (la Juine), ce qui ravirait un grand nombre de personnes (il paraît que la Juine ne déborde jamais ^^) mais ne saurait nous correspondre au vu de notre configuration familiale (enfants en bas âge).

Bâti existant

L'homme a considérablement modifié son environnement naturel à la faveur des progrès techniques. On veut voyager vite, manger de tout et tout le temps, organiser des réunions par visioconférence en 4G ? Il nous faut donc des antennes, des lignes électriques, des réseaux routiers ou ferrés, des cultures ou de l'élevage intensifs. Il n'existe pas de lieu idéal mais il est prudent de ne pas cumuler la proximité avec plusieurs de ces infrastructures. Nous avons particulièrement fui les lignes hautes tension et très haute tension, les transformateurs électriques, la proximité de cultures intensives et les grands axes de communication. Bon, du coup on est un peu paumés dans le bout du bout de l'Ile-de-France, mais c'est si beau...

Sol et sous-sol 

Nous ne sommes pas allés gratter la terre mais l'aspect du sol et la proximité des cressonnières nous ont paru de bons présages. Les auteurs de l'ouvrage Habitat naturel et écologique rappellent que "certains géobiologues mesurent les réseaux d'ondes électromagnétiques terrestres qui quadrillent le globe. Ils peuvent déconseiller de séjourner sur les points d'intersection de ces réseaux quand ils se superposent entre eux ou avec d'autres points singuliers (failles, cours d'eau sous-terrain, etc.)" Encore une fois, à chacun de faire avec sa sensibilité sur la question, pour notre part nous trouvons que nous avons assez à faire avec les contraintes urbanistiques (la zone étant protégée, ce qui est une bonne chose, nous ne pouvons pas construire notre maison n'importe comment et n'importe où sur le terrain) et celles du bioclimatisme (pour optimiser la performance énergétique du bâti). 

L'ambiance et l'histoire d'un lieu

Ce dernier point est sans doute le plus personnel : comment se sent-on sur un lieu ? Quels sont les sentiments et sensations qui nous animent lorsque nous sommes sur place, les pieds sur terre ? Il est tout à fait souhaitable de mettre à l'épreuve son futur lieu d'habitation par plusieurs visites, à différents moments de la journée. Qui mieux que soi-même peut percevoir si un lieu de vie lui convient ? Ce travail demande d'affiner sa sensibilité, d'expérimenter (marcher, courir), de faire confiance à son corps. De notre côté, nous avons également beaucoup observé nos enfants sur les différents terrains. Si "notre corps est une antenne", les enfants ont encore cette sensibilité que nous perdons peu à peu dans le fil de notre vie à cent à l'heure. Sur l'un des terrains au bord de la rivière, qui ne me plaisait pourtant guère du fait de cette proximité, notre fille de deux ans et demi était toute guillerette, et malgré sa fatigue elle avait retrouvé une énergie particulière. Sur le terrain que nous avons choisi, notre fils de quatre mois riait aux éclats... 

Le terrain en hiver. Au fond, les cressonnières.

Et alors, on en est où ?

Nous avons signé aujourd'hui le compromis de vente pour ce terrain. Il nous faut désormais obtenir un prêt immobilier d'un établissement bancaire et obtenir le permis de construire pour notre maison écologique. La zone dans laquelle se situe le terrain est classée "Nature et paysages protégés d'Ile-de-France" et le PLU détermine un certain nombre d'obligations stylistiques, comme l'aspect du toit ou de la façade. Nous allons devoir présenter un dossier aux Architectes des bâtiments de France pour tenter de faire accepter la façade en bois, au lieu de la pierre ou de "l'enduit gratté" exigés. Nous avons bon espoir de trouver un compromis, mais cela demandera du temps et des allers-retours. Dans le meilleur des cas, nous serons propriétaires du terrain (et du prêt) en septembre (oui oui, nous sommes bien en février ^^) Prochaines étapes : l'étude de sol (pour des fondations adaptées à la nature du terrain) et la sélection d'un constructeur parmi ceux que nous rencontrons actuellement, alliant conception écologique, localité et respect de notre budget... La route est encore longue !

Ceci est le sixième billet sur notre projet d'habitat familial alternatif. Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- Le mouvement Tiny Houses 


jeudi 29 janvier 2015

Changement de programme (sur un même chemin)

La Maison Ecologique, n°58 - septembre 2010
Passerelle Eco n°55 - Hiver de l'an 15
Vivre la simplicité volontaire, histoires et témoignages, Cédric Biagini et Pierre Thiesset (coord.), L'échappée / Le pas de côté, 2014

Et l'hiver vint, avec son flot d'éternuements et de fièvres infantiles, deux gamins sous la couette et une réflexion sur l'espace nécessaire pour faire vivre quatre humains sous un même toit. La Tiny House nous apparut soudain telle qu'en elle-même : toute petite. Même assortie d'une yourte-salle de jeux-chambre d'amis, nous nous sommes imaginés avec les enfants malades, sans chambre à eux dans la maison principale, incertains quant au sort juridique réservé à notre campement. De liens en liens, en creusant la question des maisons modestes, écologiques et modulables, nous avons changé de programme. 

"La maison écologique" et "Passerelle Eco" : recueil de pratiques inspirantes

 Une flânerie dans un kiosque à journaux nous a fait découvrir le magazine "La maison écologique", Société coopérative ouvrière de production (Scop) fondée par Aline Martin et Yvan Saint-Jours (spécialiste de l'habitat écologique et par ailleurs impliqué dans le mouvement des Tiny Houses en France), proposant chaque mois des exemples en matière de construction saine, de gestion de l'eau, d'énergies renouvelables, avec une large fenêtre ouverte sur l'auto-construction. Une grande amie nous a glissé entre les mains ses anciens numéros de "Passerelle Eco", magazine associatif édité dans le Morvan, militant pour l'écologie pratique et les alternatives au quotidien, réseau des "écolieux" en activité et en devenir. Avec ces deux titres de presse indépendante nous entrons dans le domaine magique des maisons en bois et en paille, des "FarmLab", de l'autoconstruction et du design libre, de l'économie collaborative et des idées aussi farfelues qu'un lave-linge à pédale.

On pourrait se croire tombé dans un vortex tournant indéfiniment dans les années 1970, s'il n'y avait pas dans chacune de ces pages des idées cruciales et sans cloisonnement, tournées vers l'avenir des liens humains solidaires et des technologies appropriables, ancrées dans des expériences éprouvées : des utopies en marche ! 

"Habiter autrement", comment ?

 Nous avons fait le point sur ce qui nous paraissait essentiel dans ce projet d'habitat : 
  • Vivre le plus possible dehors, la maison comme un abri des éléments, dans l'esprit d'une cabane : vivre dans un espace intérieur limité et un vaste espace extérieur ;
  • Construire ou faire construire avec des principes et matériaux écologiques ;
  • Élire demeure en Ile-de-France pour rester en lien avec nos professions actuelles, qui nourrissent aussi bien notre âme que nos enfants ;
  • Dépendre le moins longtemps possible d'un crédit immobilier ;
  • Expérimenter des pratiques de transition énergétique et de traitement de l'eau à l'échelle d'une famille ;
  • Ouvrir notre lieu de vie aux expériences de micro-auto-constructions (abri en kerterre, modules en palettes...) et continuer de créer du lien pour un jour intégrer ou créer un lieu collectif (dans le modèle de l'habitat partagé).

Et concrètement, on en est où ?

Après la naissance de notre deuxième enfant en octobre 2014, nous avons d'abord pris le temps de l'accueillir sereinement, en laissant en suspens nos élucubrations cabanières. Il a bien fallu trois mois pour retrouver un équilibre, repenser la vie à quatre, au creux de notre nid actuel (un appartement de 65 mètres carrés dans un petit ensemble d'immeubles de 1975, avec quelques espaces semi-collectifs extérieurs comme des jeux pour enfants, permettant de se rencontrer entre voisins).

Nous sommes actuellement en train de visiter des terrains dans l'extrême sud de l'Ile-de-France, en Essonne, et un hameau nous plaît particulièrement : dans la vallée de la Juine, à deux pas du Loiret, au milieu des cressonnières et des bois, à 3 kilomètres d'un chef lieu de canton pourvu d'écoles, commerces, associations, AMAP, collège, tout en restant proche des transports collectifs d'Ile-de-France. Parce qu'évidemment, il n'est pas question de construire une maison écologique pour devoir prendre deux fois plus la bagnole :)

Nous avons repéré et contacté plusieurs constructeurs de maisons en bois, en les sélectionnant selon leurs procédés et matériaux écologiques, leurs garanties de construction et leur localité. A garanties équivalentes, un constructeur du Loiret aura par exemple notre préférence par rapport à un confrère national, tout simplement pour favoriser l'économie artisanale locale. 

La maison aura les caractéristiques suivantes :
  • 70 mètres carrés, plain pied, 2 chambres + mezzanine sur séjour;
  • Ossature bois et bardage bois ;
  • Bioclimatique ;
  • Pré-chauffage de l'eau par énergie solaire ;
  • Poêle à granulés de bois ;
  • Blindage des circuits électriques (pour réduire le rayonnement électromagnétique) ;
  • Cuve de récupération d'eau de pluie ;
    et surtout...
  • Toilettes sèches ;
  • Assainissement des eaux grises par phytoépuration.
Ces deux derniers points nous tiennent particulièrement à coeur, la gestion des eaux usées étant un sujet si trivial qu'il en devient invisible dans notre quotidien, alors qu'il est un enjeu actuel et à venir de notre destinée collective (pour le dire crûment, on va bientôt crouler sous notre propre fange et manquer d'eau potable, si on n'essaie pas d'autres façons de faire !) Nous y reviendrons dans de prochains billets, au fil des réflexions et du chantier... A tout bientôt !

Ceci est le cinquième billet sur notre projet d'habitat familial alternatif.
Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- Le mouvement Tiny Houses

lundi 1 septembre 2014

« Life is huge, live Tiny ! » : le mouvement Tiny Houses

 « Even though we could afford it, we were not interested in spending our lives working to pay the mortgage until the end of time. (...) Our love of being in nature, climbing rocks and riding bikes inspired us to move away from the city. »
Ophelia Kwong et Julien Lafaille, auto-constructeurs et habitants du bus Teeny Tiny Living : http://teenytinyliving.blogspot.fr/ découverts dans l'ouvrage Tiny Homes on the Move, par Lloyd Kahn, Shelter Publications, 2014

Voici à peine un mois que nous avons formé le projet d'habiter autrement et déjà s'entrouvrent des solutions concrètes. Je n'aurais jamais imaginé que le canevas de cette histoire puisse s’édifier aussi vite, avec des pistes concordant parfaitement avec notre philosophie de vie. Ce cheminement rapide est dû à une attention particulière, plus aiguë que d'habitude sur tout ce qui concerne l'habitat alternatif, la vie au grand air, les pratiques communautaires. Il est aussi le fruit d'un réseau d'amitiés : les personnes qui me sont restées proches au fil des années, quel que soit le lieu d'origine de notre rencontre, poursuivent également ces utopies pragmatiques de l' « au-dehors ».

Les réseaux sociaux complètent à merveille cet entrelacement de connaissances : ainsi l'amie Manue sur Facebook, qui partage un jour la photo d'une petite maison tractée par un vélo, photo qui me conduit sur une page consacrée mouvement américain des Tiny Houses. Promouvant le petit habitat se lovant aussi bien dans la nature que dans l'environnement urbain, célébrant la simplicité matérielle (obligatoire dans un si petit espace) et la liberté (ou tout du moins la liberté de se dégager rapidement de ses dettes), le phénomène, relié à la longue histoire du nomadisme et de la vie en cabane, a été initié à la fin des années 1990 par le designer Jay Shafer et se développe depuis 2005 (après l'ouragan Katrina) en se renforçant depuis la crise des subprimes de 2008.

L'une des originalités du travail de Jay Shafer est de concevoir des minuscules maisons roulantes (Tiny Houses on Wheels), en bois, uniquement bâties avec des matériaux écologiques et intégrant tout le confort d'une « vraie maison ». 
Petit tour du propriétaire avec son constructeur :


Bien, bien, bien, me direz-vous, mais quelle est la différence avec...
  • ...une cabane ? Les roues, Mesdames et Messieurs, les roues. Cette petite maison est bâtie sur un châssis de remorque routière, ce qui permet de la déplacer : utile d'un point de vue légal (en France, sauf autorisation particulière, un habitat mobile ne peut rester plus de 3 mois sur un même lieu s'il n'est lui-même relié à une résidence principale ; toutefois une maison sur roue ne nécessite pas l'obtention d'un permis de construire) et d'un point de vue pratique (si je déménage, j'emporte ma maison !)
  • ...une caravane ? Légalement, la Tiny House est une grosse caravane. Sauf qu'elle est fabriquée en bois et qu'elle peut être entièrement autonome en énergie comme en filtration des eaux usées domestiques (ce qu'on appelle « les eaux grises », issues de la vaisselle ou de la douche ; il n'existe pas « d'eaux noires » puisque les toilettes sont des toilettes sèches !)
  • ...un camping-car ? Comme la caravane, la Tiny House est indépendante du véhicule qui la tracte. Le camping-car, pour son côté « tout-en-un », son organisation intérieure ultra-pratique et la possibilité offerte d'y vivre en famille, était la solution que nous visions jusqu'ici. Sauf que très honnêtement, c'est moche et ça pollue : nous allions vivre dans un monde de plastique et de pétrole (et de toilettes chimiques), avec une esthétique proche des catalogues de cuisines équipées. La Tiny House nous ouvre de plus belles perspectives ! Notre projet ne comporte pas non plus d'itinérance : nous souhaitons tout simplement poser notre abri en Ile-de-France (lieu de notre travail) et pourquoi pas déménager un jour dans de plus vertes contrées (si le travail suit) (et du coup, notre maison suivra).
  • ...un mobil'home ? Idem que pour la caravane ou le camping-car : le parti-pris esthétique et écologique est radicalement différent. De plus, s'il faut un tank pour tracter un mobil'home, une simple camionnette (et un permis BE) suffisent à déplacer une Tiny House.
  • ...un camion aménagé « fait maison » ? J'ai participé il y a quelques années à l'aménagement d'un camion Mercedes pour le transformer en camping-car : c'est une sacrée besogne. Le résultat est le fruit du savoir-faire et de l'amour des auto-constructeurs mais il s'arrête également à leurs compétences techniques. Avec une petite famille en cours de fabrication, nous ne nous sentons pas les épaules d'un tel travail et nous ne pouvons pas non plus nous permettre de faire vivre nos minots dans une maison de guingois.
  • ...une roulotte ? Le châssis de la Tiny House est celui d'une remorque, ce qui permet de la transporter par exemple sur l'autoroute. Le volume intérieur est également plus grand qu'une roulotte, notamment la hauteur sous plafond (ce qui compte beaucoup quand on a cheum mesurant 1,92 mètre).
Notre grande chance dans ce projet qui s'amorce est qu'il existe depuis 2013 une petite entreprise de construction de Tiny House en France : tout simplement nommée La Tiny House, située vers le Mont-Saint-Michel, elle est portée par deux passionnés, l'un charpentier, l'autre boulanger et auto-constructeur confirmé (je vous rassure, les murs ne sont pas en pâte à pain). 

Dans l'esprit originel de la Tiny House, c'est en effet l'auto-construction qui prime : on dessine les plans, on aménage son camion, on construit sa cabane, on se sort les doigts de la boîte-à-outils et on bâtit tout (ou presque) soi-même. Si certaines parties sont forcément confiées à des professionnels, il existe également des stages d'auto-construction à travers toute la France. Mais, comme expliqué plus haut, cela n'est pas compatible avec l'énergie dont nous disposons actuellement, avec une enfant de 2 ans et un petit à naître. Il nous fallait donc une solution « prête à rouler ».

Nous pensions au départ la Tiny House hors de portée, car n'intégrant que deux couchages. Il nous était impensable de faire dormir nos petits dans une autre structure que celle où nous-mêmes dormirions. Après une étude approfondie du site Internet des bâtisseurs, nous nous sommes cependant aperçus qu'il existait une Tiny House 4 couchages (et même 5 à 6, avis aux familles nombreuses !) Révélation et projections : nous ne nous voyons plus que dans cet espace (surface totale : 19 mètres carrés, dont une mezzanine de 5,30 mètres carrés).

Côtés prix, pour une Tiny House « à finir » (c'est-à-dire uniquement sur châssis, étanche à l'air et à l'eau, sans habillage ni aménagement), il faut compter 18 000 euros. Pour une Tiny House entièrement équipée et 100 % autonome telle que nous la souhaiterions (filtres à eaux grises, panneau solaire photovoltaique, petite éolienne, batterie de stockage de l'électricité, filtre eau pure), il convient de rassembler environ 35 000 euros. Soit le prix d'un camping-car 5 places d'occasion... et bien moins que le prix d'une maison (donc un crédit à rembourser beaucoup moins long).
Reste la question du terrain à occuper, à louer, à acheter, à partager... nous étudions actuellement plusieurs solutions (y compris l'épineux plan légal) et nous nous rendons compte combien « habiter » ne peut se départir de la question du « vivre ensemble ». Comme le soulignent Bruno Thiery et Michaël Desloges, les bâtisseurs français de la Tiny House, « une Tiny House peut tout à fait être autonome en électricité, eau et gaz, et donc être installée au fond d'un bois. Toutefois l'idée qui accompagne cette minuscule maison est également de retisser du lien social. Vivre dans une Tiny House peut être l'occasion de rencontres, de créer des liens de voisinage... »
Ce sera l'occasion d'un prochain billet !

Ceci est le quatrième billet sur notre projet d'habitat familial alternatif.
Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve

lundi 25 août 2014

Faire vivre le rêve

« Chacun porte au fond de soi une image fantasmée de la cabane telle que l'enfance en a autrefois dessiné les contours. »
 « Habiter une esquisse mentale, y circuler sans contrainte est une chose, franchir le pas qui sépare le rêve et la réalité et réaliser le projet sans âge d'une vie de cabane que l'on portait au fond de soi en est une autre. »
David Lefèvre, La vie en cabane. Petit discours sur la frugalité et le retour à l'essentiel, Editions Transboréal, 2013 (pp. 13 et 50) 
 Y a-t-il un « bon moment » pour un nouveau départ ou un changement de vie volontaire ? Peut-on agir rationnellement lorsqu'un tel choix se profile alors que tant de paramètres tissent leurs inconscients fils de soie ? Si l'irrationnel peut tomber plus juste qu'un chemin tout tracé, il n'en demeure pas moins déraisonnable en apparence, inconséquent, promis au désenchantement. Faire un enfant, changer de métier, déménager à l'autre bout du monde, prendre ses cliques et ses claques, tout quitter pour un ailleurs, un autrement. Le spectre de la fuite en avant : mirages et fantasmes, viscéral et irresponsable, miroir aux alouettes qui aura tôt fait de se briser en plein vol. L'entourage vient ranimer les barrières mentales qui lui sont propres, comme si le passage à la réalisation d'autrui compromettait le frêle équilibre de leurs empêchements.

Je crois avoir trouvé des pistes pour se délier de ces mauvais présages.

Tout d'abord, admettre l'irrationnel. Lorsque nous avons décidé d'avoir un deuxième enfant (puisque nous avons cette chance de pouvoir déterminer du « bon moment »), mon compagnon et moi admettions une foule de raisons raisonnables : un écart d'âge que nous jugions idéal avec l'aînée, une temporalité adéquate dans les existences respectives de chacun des membres de notre petite famille. Jusqu'à ce que je me rende compte, premièrement que c'était « n'importe quoi », deuxièmement qu'il n'est de raison raisonnable que pour mieux masquer le viscéral -- lui-même relié à une histoire. Il n'est pas forcément nécessaire d'aller gratter en archéologue du soi le pourquoi-du-comment de cet irrationnel (quoique je trouve cela éclairant) : savoir qu'il est là peut suffire.

Ensuite, se préparer à assumer. Quel que soit le projet ou le rêve, on ne sait jamais ce qui nous attend vraiment. Des images mentales naissent, on projette et on rêve, donc. Mais ce qu'on vivra sera autre chose.  Se documenter en amont, rencontrer des personnes qui ont réalisé ces mêmes rêves, lire des récits similaires, se frotter à la technique et entrer dans un nouvel univers langagier : voilà un premier réseau de sens à construire. Prévoir que cela ne puisse pas marcher comme on voudrait et imaginer des « plans B », des itinéraires bis.

Enfin, faire vivre le rêve, l'alimenter comme un feu. C'est pour nous une nécessité au vu de la temporalité de ce projet de vie en cabane et en plein air (1) : le « bon moment » semble poindre à l'horizon 2017. D'ici là, mille et une petites actions nous conduiront du simple rêve à l'expression du désir réalisé. Mille et une petites démarches, comme visiter des campings ouverts à l'année, devenir incollables sur les systèmes de chauffage GPL ou repérer les marques de camping-car lors de nos balades sur l'avenue de Paris, au pied du château de Versailles. Ce blog servira alors de support réflexif, de point d'étape conversationnel (les lecteurs intéressés sont invités à commenter, on peut rebondir de liens en liens contrairement au bon vieux carnet papier) et de journal d'écriture pour les publications à venir. Une première cabane numérique, en quelque sorte.

(1) Avant de faire référence au refuge enfantin, l'expression "en cabane" est multiforme : dans l'Ancien Régime, la cabane est l'endroit où l'on isolait les "fous" et les marginaux ; par glissement sémantique elle est devenue la prison, "être en cabane" signifiant à présent purger une peine derrière les barreaux. En lien avec l'univers marin, "cabaner" signifie renverser, chavirer (une embarcation renversée pouvant servir d'abri, de cabane), et revêt le sens de mettre sens dessus dessous, en désordre.

Ceci est le troisième billet sur notre projet d'habitat familial alternatif. Retrouvez les autres billets ici :
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