vendredi 6 février 2015

Un lieu où vivre : le terrain

Nicolas Canzian et Irène Barja
Habitat naturel et écologique, une maison pour la vie
Anagramme Editions, 2007
Merci à ma maman qui nous a offert ce livre :)
"Même s'il est toujours possible d'améliorer un lieu peu favorable à l'habitat, il est préférable de bien choisir son lieu de vie." Les auteurs de l'ouvrage Habitat naturel et écologique, ingénieur et naturopathe pour l'un, journaliste spécialisée dans l'environnement pour l'autre, nous ouvrent les portes de l'éco-construction en privilégiant pour chaque chapitre la découverte d'un univers professionnel.
Pour le choix d'un terrain, une belle part est faite à la géobiologie, art de l'analyse des influences de l'environnement (notamment les courants d'eau souterrains, failles géologiques, ondes liées champs magnétiques et électriques) sur le vivant. Considéré comme une pseudo-science, cet univers peut sembler totalement scabreux mais moi qui suis originaire du Limousin, terre païenne et magique, où l'on prend très au sérieux les sourciers et où même les médecins généralistes préfèrent t'envoyer chez le guérisseur du village que chez le dermatologue, j'y suis complètement perméable. 
Pour choisir notre futur lieu de vie, nous avons donc mêlé réflexion rationnelle et ressenti pas du tout scientifique. Voici quelques unes de ces considérations et quelques photos de notre futur terrain !

Les critères rationnels de choix d'un lieu de vie

A l'heure où le coût du foncier et de l'immobilier confine au délire (en face de notre actuel chez nous, une "résidence d'exception" sera bientôt en construction, pour des appartements de deux à quatre pièces : dix mille euros le mètre carré !) et où les espaces habitables sont de plus en plus denses, se loger exactement à l'endroit souhaité est de plus en plus complexe. Dans l'idéal, notre famille habiterait le 13è arrondissement parisien, si et seulement s'il y avait dix fois plus d'espaces verts, et si le prix du logement était acceptable. Ou bien dans la Creuse, mais avec tous les réseaux de transport et de communication nous permettant de travailler facilement, et de n'être pas trop éloignés de nos proches. On a beau tourner la question dans tous les sens, un cercle ne sera jamais carré.

Que ce soit sur le plan économique (marché immobilier), social (proximité du travail, des écoles, des amis, de la famille, des commerces) ou technique (réseaux routiers ou ferrés, électriques, téléphoniques, approvisionnement en eau...), nous avons dû réaliser un compromis, avec en première ligne notre désir de vivre davantage dehors, entourés d'espace et d'espaces verts.

Ce sera donc le sud de l'Essonne (encore plus au sud qu'initialement prévu, à quelques centaines de mètres du Loiret), "Ile-de-France" du point de vue des réseaux de transports en commun, cambrousse foisonnante en réalité.
Concernant la construction, le compromis réalisé est le suivant : dépenser davantage sur la conception, les matériaux, la mise en oeuvre, et diminuer la superficie de la maison.
Une autre voie que nous explorerons plus tard, dans quelques années, quand les enfants seront plus grands : mutualiser les coûts, proposer un projet collectif sur un terrain à bâtir ou une rénovation.

Champs de cresson : c'est ce qu'il y aura au pied de notre terrain.
Comme à l'époque de cette carte postale (1920), le cresson est aujourd'hui encore ramassé à la main.

La géobiologie et l'étude d'un lieu : comment s'en inspirer ?

Nous n'avons pas fait appel à un géobiologue pour nous aider dans notre choix. Par contre, nous nous sommes inspirés de ce qui nous semblait correspondre à la fois au bon sens et à notre ressenti. Dans un deuxième temps, si le bouche à oreille fonctionne bien dans la région, nous ferons sans doute appel à un géobiologue-sourcier pour creuser un puits (comme on fait en Limousin, en somme).
L'étude d'un lieu par un géobiologue consiste en une analyse détaillée des aspects d'un lieu, favorables, neutres ou défavorables pour la vie. On pourrait comparer cet art à ce qu'est le Feng Shui pour la culture taoïste (qui ne se limite pas, comme le consumérisme actuel tendrait à le faire croire, à quelques recettes d'aménagement intérieur) : dans notre référentiel culturel, la géobiologie est l'art encore partiellement inexpliqué de l'analyse d'un site. Les géobiologues se réfèrent d'ailleurs au traité d'Hippocrate, Des airs, des eaux, des lieux, pour dater une première origine écrite de leur savoir-faire, transmis oralement et désormais appris au sein de fédérations professionnelles. 
Petit à petit, au fur et à mesure que la science des sols, du climat et de la physique se construit, des pans de savoir mis en oeuvre par la géobiologie se confirment. Il est désormais irréfutable que la qualité de l'eau, l'orientation par rapport au soleil, l'état des sols, les ondes électro-magnétiques (quoique le sujet soit encore controversé, inscrit uniquement en principe de précaution) constituent des préalables indispensables à la qualité de vie et à la santé. Restent des ramifications que la science ne peut prouver, et que nous pouvons seulement entendre en nous (ou pas, selon notre degré de cartésianisme :) )

Situation, orientation, toponymie

Une situation en creux de vallée, les pieds dans l'eau, ou au sommet d'une colline, ne donne pas la même impression ni le même climat. Il s'agit là d'aspects très personnels du choix d'un lieu, sans règle absolue. La brume, la lumière, le vent, la vision dégagée ou pas changent l'ambiance d'un espace mais ce qui perturbera certaines personnes en stimulera d'autres. 
En termes d'orientation, un terrain orienté au sud favorisera une construction profitant pleinement des apports solaires, et une protection face aux vents dominants sera intéressante pour la performance énergétique du bâtiment. 
Les toponymes anciens permettent également de souligner des situations géographiques (exposition, relief, végétation, présence d'eau...), si l'on sait repérer les faux amis de l'étymologie et des légendes attachées à un lieu.

Après plusieurs visites de terrains aux situations très variées, nous nous sommes arrêtés sur un hameau en légères collines (1 mètre de dénivelé sur notre terrain, juste ce qu'il faut pour la phytoépuration!), à la vue bien dégagée, exposé au sud face à la route de campagne et au nord vers les cressonnières, non loin d'une rivière (mais suffisamment loin quand même).

La flèche, c'est notre futur chez-nous (enfin, on croise les doigts)

Environnement naturel

Les arbres et la végétation (ou leur absence) peuvent donner des indications sur le lieu et sa qualité. Existe-t-il des différences de densité sans que rien ne le justifie ? Quels sont les éléments naturels dominants ? Là encore, les sensibilités de chacun peuvent s'exprimer. Nous avons visité plusieurs terrains au bord d'une rivière (la Juine), ce qui ravirait un grand nombre de personnes (il paraît que la Juine ne déborde jamais ^^) mais ne saurait nous correspondre au vu de notre configuration familiale (enfants en bas âge).

Bâti existant

L'homme a considérablement modifié son environnement naturel à la faveur des progrès techniques. On veut voyager vite, manger de tout et tout le temps, organiser des réunions par visioconférence en 4G ? Il nous faut donc des antennes, des lignes électriques, des réseaux routiers ou ferrés, des cultures ou de l'élevage intensifs. Il n'existe pas de lieu idéal mais il est prudent de ne pas cumuler la proximité avec plusieurs de ces infrastructures. Nous avons particulièrement fui les lignes hautes tension et très haute tension, les transformateurs électriques, la proximité de cultures intensives et les grands axes de communication. Bon, du coup on est un peu paumés dans le bout du bout de l'Ile-de-France, mais c'est si beau...

Sol et sous-sol 

Nous ne sommes pas allés gratter la terre mais l'aspect du sol et la proximité des cressonnières nous ont paru de bons présages. Les auteurs de l'ouvrage Habitat naturel et écologique rappellent que "certains géobiologues mesurent les réseaux d'ondes électromagnétiques terrestres qui quadrillent le globe. Ils peuvent déconseiller de séjourner sur les points d'intersection de ces réseaux quand ils se superposent entre eux ou avec d'autres points singuliers (failles, cours d'eau sous-terrain, etc.)" Encore une fois, à chacun de faire avec sa sensibilité sur la question, pour notre part nous trouvons que nous avons assez à faire avec les contraintes urbanistiques (la zone étant protégée, ce qui est une bonne chose, nous ne pouvons pas construire notre maison n'importe comment et n'importe où sur le terrain) et celles du bioclimatisme (pour optimiser la performance énergétique du bâti). 

L'ambiance et l'histoire d'un lieu

Ce dernier point est sans doute le plus personnel : comment se sent-on sur un lieu ? Quels sont les sentiments et sensations qui nous animent lorsque nous sommes sur place, les pieds sur terre ? Il est tout à fait souhaitable de mettre à l'épreuve son futur lieu d'habitation par plusieurs visites, à différents moments de la journée. Qui mieux que soi-même peut percevoir si un lieu de vie lui convient ? Ce travail demande d'affiner sa sensibilité, d'expérimenter (marcher, courir), de faire confiance à son corps. De notre côté, nous avons également beaucoup observé nos enfants sur les différents terrains. Si "notre corps est une antenne", les enfants ont encore cette sensibilité que nous perdons peu à peu dans le fil de notre vie à cent à l'heure. Sur l'un des terrains au bord de la rivière, qui ne me plaisait pourtant guère du fait de cette proximité, notre fille de deux ans et demi était toute guillerette, et malgré sa fatigue elle avait retrouvé une énergie particulière. Sur le terrain que nous avons choisi, notre fils de quatre mois riait aux éclats... 

Le terrain en hiver. Au fond, les cressonnières.

Et alors, on en est où ?

Nous avons signé aujourd'hui le compromis de vente pour ce terrain. Il nous faut désormais obtenir un prêt immobilier d'un établissement bancaire et obtenir le permis de construire pour notre maison écologique. La zone dans laquelle se situe le terrain est classée "Nature et paysages protégés d'Ile-de-France" et le PLU détermine un certain nombre d'obligations stylistiques, comme l'aspect du toit ou de la façade. Nous allons devoir présenter un dossier aux Architectes des bâtiments de France pour tenter de faire accepter la façade en bois, au lieu de la pierre ou de "l'enduit gratté" exigés. Nous avons bon espoir de trouver un compromis, mais cela demandera du temps et des allers-retours. Dans le meilleur des cas, nous serons propriétaires du terrain (et du prêt) en septembre (oui oui, nous sommes bien en février ^^) Prochaines étapes : l'étude de sol (pour des fondations adaptées à la nature du terrain) et la sélection d'un constructeur parmi ceux que nous rencontrons actuellement, alliant conception écologique, localité et respect de notre budget... La route est encore longue !

Ceci est le sixième billet sur notre projet d'habitat familial alternatif. Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- Le mouvement Tiny Houses 


2 commentaires:

Colette Du Net a dit…

Très intéressant, j'ai envoyé le lien de votre site à un ami qui se pose plus ou moins les mêmes questions.

Clara - TKH a dit…

Merci à vous Colette !