Paris, rue d'Alesia, juillet 2009. Les élèves du collège sont en vacances depuis plusieurs semaines, mais les écrits exposés qui régentent leurs jeunes années restent présents sur les vitres des portes d'entrée. Pour le touriste de passage, ces affichettes ouvrent sur un univers effarant. Un monde où il existe des "feuilles bleues d'élèves sans carnet", dans lequel un oubli ou une négligence de protocole peut conduire à perdre une heure de sa vie au fond d'une salle de classe aux murs blancs. Un monde peuplé de formulaires, de routines criblées d'inscriptions, de contrôle d'entrées et de sorties. La consigne, datant du 9 janvier, a due être imprimée, signée et affichée après un semestre entier d'épuisantes contrevenances : l'élève doit signaler avant midi qu'il est présent dans l'établissement. Comment, en effet, pourrait-il en sortir alors qu'il n'y a pas officiellement pénétré ? "- Mais Madame, vous voyez bien que je suis...
L'histoire commence un jeudi d'octobre, à 6 heures. Le jour n'est pas encore levé sur l'automne parisien alors que j'achève l'ultime relecture de mon manuscrit de thèse — la relecture grammaticale, avec un logiciel adapté : traquer les fautes apparaissant en vert, vérifier, corriger. Je suis fatiguée après cette troisième nuit blanche de la semaine, il restera sûrement des coquilles, tant pis, il faut finir. J'ai rendez-vous à 9 heures chez l'imprimeur, je n'aurai pas le temps de dormir, un thé à l'huile essentielle de cannelle m'aidera à tenir. Devant les yeux, ma "To do list" entièrement cochée. "Intégration carto" : fait. Cahier photographique : fait. Liste des entretiens en annexe : fait. Mon document \LaTeX n'attend plus que moi. J'appuie sur "Composer", le compilateur se met en route et délivre un PDF. Je grave deux CD — l'un pour l'imprimeur, l'autre pour ma directrice de thèse. Je gli...
Saumur, entre deux ponts, juillet 2009. C'est une arrivée sous la pluie, dans une ville inconnue. Une veste de travail sur la tête pour se parer des gouttes, des chaussures à talons hauts torturant les pieds. Mais il faut continuer d'avancer, vaille que vaille, trouver le gîte et le couvert pour vite se réchauffer. Pas un chat dans les rues. Une voix perce le rideau glacé et j'aperçois une silhouette rose qui s'agite à la fenêtre d'un rez-de-chaussée. "Mademoiselle, Mademoiselle!" Une grand-mère se tient debout, sa main me fait signe d'approcher. "- Est-ce que vous pouvez entrer un moment chez moi, j'ai un service à vous demander. - Je n'ai pas vraiment le temps d'entrer, mais que puis-je pour vous aider ?" (Je n'ai pas du tout l'intention de m'attarder, mais je ne résiste pas aux mamies roses.) Elle parle tout à coup si bas que je suis obligée de m'avancer au-delà de la limite où le corps de l'autre ne peut pl...
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